Le 23 janvier 2007 :
Départ d'Angers à 5 heures du matin.
Un air qui ressemble à du moins cinq.
Les premières dizaines de kilomètres nous glacent
nos réserves d'eau et les poils de notre pelage humide.
On roule vite, l'heure en est au concours d'entrejambe.
Le soleil est notre première bonne nouvelle,
la journée s'annonce ciel bleu-froid sec.
Il faut trouver un hôte pour notre petit déjeuné,
histoire de fêter ça. Bacchus tombe à pic.
Thé pour L'abbé, bière & ballon de rouge pour moi.
Je ne triche pas avec ma religion...
Redépart vers l'ouest, le clou entre les jambes.
Le plein de ciel laisse peu à peu place
à une belle collection de coussins à cauchemars.
Le moral tient la route.
A la vue d'un restaurant au nom encourageant,
le vide de notre estomac fait place
au réflexe sportif : continuer plus loin.
Arrivés dans un routier à Bouin,
un poulet sous ma dent accompagné d'un réel demi citron,
servi par une jeune serveuse encore naïve,
du riz collant nature à l'eau sous la langue de L'abbé,
nous tendons l'oreille de concert.
L'un vers la vitre qui vibre d'un vent pluvieux
et l'autre vers le crépitement de radio monsieur météo.
Avis de grandes eaux suivies d'un grand froid.
Le confort légendaire des restaurants routiers
nous avait rendu sourd : le temps avait tourné.
Après les calculs savants concernant
le règlement de nos commandes exotiques,
l'heure était à l'état du lieu régional.
Pluie + froid + nuit = réflexion.
"On va voir la mer et on trouve une solution pour le retour."
La solution, un seul train à vingt-cinq kilomètres de là
et une grosse pluie pour nous couvrir
durant l'heure qu'il nous reste pour les faire.
J'aime bien être mouillé, le vent dans la gueule,
ça me fait penser au commandant Cousteau.
Et son courage est légendaire.
Quand je suis descendu du train, encore humide, à Angers,
la neige l'avait transformé en décor pour Nicolas Vanier.
Lui aussi, il est courageux.
Bilan, dans les 180 kilomètres
passés en 7 heures et quelques...
... mais un retour sur les rails.
On attendra le printemps pour le faire sur les genoux.
Bonne nuit.